Le sauvetage du Tchéliouskine - l'histoire du naufrage

 

 

Le TCHELIOUSKINE était un navire brise-glaces qui emportait une expédition russe chargée d'étudier les possibilités d'une route vers l'Extrème-Orient par l'océan glacial de Sibérie.

Le TCHELIOUSKINE quitta Leningrad en juillet 1933, en route vers le nord ; avec 102 personnes à bord : 90 hommes, 10 femmes et 2 enfants.

Le 1 er septembre 1933 , il double très tardivement la pointe septentrionnale de l'Asie. Alors qu'il allait entrer dans le détroit de BERING, en vue de l'île de Kolioutchine, il se trouve coincé par les glaces.

Le 19 septembre 1933 , ne pouvant plus bouger, des dispositions sont prises pour l'hivernage. Charrié par la lente dérive des eaux, il arrive un mois plus tard dans le détroit de Bering. Mais les courants tournent et le navire se trouve entraîné dans l'océan de Sibérie.

A la fin décembre 1933 , la situation devenant préoccupante, le chef de l'expédition, O. Schmidt, ordonne le débarquement sur la banquise des vivres et du matériel de campement, afin que l'équipage puisse subsister si le navire captif coulait éventré par les glaces. A peine ce travail est-il terminé que les crevasses s'ouvrent autour des approvisionnements et menacent d'engloutir le précieux dépôt. Pour le sauver, il faut le rembarquer au plus vite.

Au début de Février 1934 , le bateau se trouve complètement cerné par des monticules de glace mettant en péril le bateau.

Le 13 février , par un froid de -30°, un ouragan se déchaîne, accompagné de tourbillons de neige qui bouchent la vue. Des vagues de glace de plus de huit mètres viennent heurter le bateau avec une force irrésistible et une déchirure s'ouvre sur la ligne de flottaison.

Schmidt prescrit l'évacuation immédiate et le sauvetage des approvisionnements. L'opération s'effectue dans le plus grand ordre. L'eau pénètre dans les cales et le TCHELIOUSKINE disparaîtra englouti dans la banquise meurtrière.

L'expédition se retrouve sur la glace à 170 km de la côte de sibérie et il est impossible de franchir cette distance en sautant de bloc en bloc, car ce serait une noyade certaine. Les naufragés construisent donc des baraquements de fortune avec le matériel débarqué du navire.

Un poste de TSF est établi sur la banquise par le radiotélégraphiste du bord et des appels de détresse sont envoyés par les ondes hertziennes.
La suite du drame ouvre un chapitre inédit de l'histoire polaire : le sauvetage par la voie de l'air, d'une expédition en détresse sur les glaces en dérive.
C'est une suite d'exploits d'aviation plus extraordinaires les uns que les autres en raison du milieu particulierdans lequel ils ont été accomplis.

Le 5 mars 1934 , par -40°, le pilote Liapidevski, un as entre les as, parvient à se poser sur la banquise à proximité des naufragés, sur un terrain de 200 mètres, préparés par eux et tout bosselé. L'avion apportait aux naufragés, un chargement de viande fraîche de renne, excellent remède contre le scorbut. Il repartira avec les dix femmes et les deux enfants installés dans la carlingue et les remettra sains et saufs au poste du cap Vellen.

Le 7 mars 1934 , la situation devient tragique car une large crevasse s'ouvre à travers le camp, séparant du campement deux habitations et la cabane servant de cuisine, en les engloutissant dans les flots.
La TSF sert à prévenir le poste de Vellen et un avion prend l'air immédiatement et réussit à lancer aux affamés un sac de vivres.

Le 7 avril 1934 , après beaucoup de vols infructueux, deux avions pilotés par Kamanine et Molokof réussiront à sauver 5 naufragés. Tous les autres naufragés furent sauvés dans les jours qui suivirent et il n'y eut aucun disparu dans le naufrage du TCHELIOUSKINE.

 

Texte tiré de l'Illustration, N° 4754, du 14 avril 1934