La matinée avait vite passé. Il avait fallu, geste terrible, faire son sac de marin,
preuve que le départ était bien une réalité. Mille choses de la vie quotidienne
avaient été revues pour savoir laquelle ne devait pas être oubliée, couteau,
montre, agenda, livre, chandail, chemise, blouson ;…
Sa mère avait tenu à lui donner un petit sac de napoléons d’or légués par la tante
Marie, soeur de Jean. Elle les avait patiemment accumulés au cours de sa vie de
labeur. Ils devaient, hélas, être volés plus tard à la base navale pendant une
mission en sous marin, alors qu’ils auraient été si utiles à la famille ! Pauvre
tante Marie ! Elle qui avait si souvent prêté de l’argent à son frère avant son prix
Nobel, ce cher grand-père qui, parfois, à l’occasion de quelque fête, invitait sa
fille, Aline, et ses enfants, dans un grand restaurant (tout était grand avec lui !) et
disait : « n’en parlez pas à la tante Marie ». Elle qui avait sauvé l’écolier que
j’étais de tant de désastres en mathématiques avant que l’entrée en classe de «
Flotte » (préparation à l’Ecole Navale) l’eût poussé à découvrir les austères
beautés de cette discipline.
Pauvre famille qui allait devoir subir les rigueurs de l’occupation ! L’après midi,
après une dernière partie d’échecs avec Daniel Auger, un frère de sa tante
Coletta, homme délicieux, qui allait mourir sous peu de tuberculose, il avait été
faire ses adieux à l’oncle Louis. L’appel du général de Gaulle venait d’être
entendu. « Tu peux partir maintenant » avait-il dit simplement, cachant son émotion.
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