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GAËL - Chapitre 2 - extrait

La matinée avait vite passé. Il avait fallu, geste terrible, faire son sac de marin, preuve que le départ était bien une réalité. Mille choses de la vie quotidienne avaient été revues pour savoir laquelle ne devait pas être oubliée, couteau, montre, agenda, livre, chandail, chemise, blouson ;…
Sa mère avait tenu à lui donner un petit sac de napoléons d’or légués par la tante Marie, soeur de Jean. Elle les avait patiemment accumulés au cours de sa vie de labeur. Ils devaient, hélas, être volés plus tard à la base navale pendant une mission en sous marin, alors qu’ils auraient été si utiles à la famille ! Pauvre tante Marie ! Elle qui avait si souvent prêté de l’argent à son frère avant son prix Nobel, ce cher grand-père qui, parfois, à l’occasion de quelque fête, invitait sa fille, Aline, et ses enfants, dans un grand restaurant (tout était grand avec lui !) et disait : « n’en parlez pas à la tante Marie ». Elle qui avait sauvé l’écolier que j’étais de tant de désastres en mathématiques avant que l’entrée en classe de « Flotte » (préparation à l’Ecole Navale) l’eût poussé à découvrir les austères beautés de cette discipline.
Pauvre famille qui allait devoir subir les rigueurs de l’occupation ! L’après midi, après une dernière partie d’échecs avec Daniel Auger, un frère de sa tante Coletta, homme délicieux, qui allait mourir sous peu de tuberculose, il avait été faire ses adieux à l’oncle Louis. L’appel du général de Gaulle venait d’être entendu. « Tu peux partir maintenant » avait-il dit simplement, cachant son émotion.

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